Air France - Un rapport qui dérange
Un rapport interne sur la sécurité des vols d’Air France pointe des irrégularités parfois inquiétantes. La compagnie aérienne assure que depuis la rédaction de ce rapport en 2006, tout est entré dans l’ordre.
Dégradation de la sécurité ou sensibilité exacerbée par l’accident de la compagnie espagnole Spanair, à Madrid, le 20 août (154 morts) ? En tout cas, au cours des dernières semaines, la presse s’est fait l’écho de nombreux accidents et incidents aériens. C’est dans ce contexte anxiogène qu’un rapport interne (Colin/Arickx/Lichtenberger) sur la sécurité des vols d’Air France a refait surface, peu de temps avant que la compagnie ne déplore la sortie de piste (sans gravité) d’un de ses Boeing, le 26 août, à Montréal.
Daté de 2006, ce document de 73 pages en notre possession conclut que la compagnie est « particulièrement exposée aux risques du fait des particularités de son réseau », notamment des nombreuses liaisons avec l’Afrique, un continent problématique en matière de sécurité aérienne. Le rapport constate aussi des « faiblesses importantes en termes de formation […] et de capacité d’évaluation » des équipages et révèle que « les facteurs humains sont les facteurs retrouvés dans huit événements sur dix, très loin des facteurs organisationnels, environnementaux et techniques », ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il faille « négliger » ces derniers.
Listes noires
Contactée, Air France a tenu à recevoir « Que Choisir ». Étienne Lichtenberger, l’un des auteurs et par ailleurs directeur prévention des risques de la compagnie, certifie ainsi que « la très grande majorité des recommandations du rapport - qui répondent à trois principes : “simplifier, impliquer et donner du sens” - ont été concrétisées. Par exemple, en phase d’atterrissage, les copilotes sont désormais habilités à remettre les gaz en cas de besoin alors que cette prérogative relevait auparavant du seul commandant de bord ». Que le passager soit donc rassuré ! Pour compléter son information sur la sécurité aérienne, il pourra toujours consulter Internet. Aux côtés des listes noires officielles (notamment celle qui recense les compagnies interdites dans l’Union européenne), il trouvera des sites comme Air-valid.com ou Securvol.fr qui établissent leur propre baromètre. Chez ce dernier, Air France a été rétrogradée en catégorie B (sur une échelle allant jusqu’à E) à cause, justement, du rapport cité ci-dessus.
Arnaud de Blauwe